De Balma à Kona

37_m-100812036-DIGITAL_HIGHRES-2112_048150-15710515
La coutume voudrait, à moins que cela ne soit l’usage, que les remerciements se déclarent ou se rédigent après et non avant les courses.
De peur sans doute d’avoir le moral dans les chaussettes à moins que ce ne soient les quadriceps… ou les 2, lundi 16 avril, j’avais décidé, oh sacrilège ! de me soumettre à l’exercice du compte-rendu de course quelques jours avant l’échéance fatidique qui allait couronner, ou pas, les efforts et les sacrifices de ces dernières semaines voire de ces derniers mois.
Ce récit de course sera donc en deux parties, un prologue, écrit avant la course et un épilogue écrit après… jusque-là vous suivez ?

Prologue

La stratégie d’une course décalée en fin de saison ayant payé à Bahreïn avec ma première victoire sur Half-Ironman en groupe d’âge, j’ai jeté mon dévolu sur une course décalée en début de saison pour les européens en m’alignant sur l’Ironman South Africa à Port Elizabeth dimanche prochain.
Pour augmenter mes chances (oui oui j’ai la présomption de tenter d’aller chercher un slot pour le saint Graal du triple effort longue distance) j’ai retenu cette course qui sert de support au championnat d Afrique et qui offre donc 2 x plus de slots que de nombreuses courses concurrentes.
Evidemment cela attire également d’autant plus de jeunes vieux en recherche de qualification mais je me dis que statistiquement cela augmente les chances malgré tout. Quand il y a 3 ou 4 slots seulement sur une course, il suffit de 2 ou 3 extra-terrestres comme il en existe dans nos groupes d’âges pour tout ramasser.
Je sais par contre que la course étant en début de saison les chances de roll down sont faibles, peu d’athlètes ayant le sésame déjà en poche, et rare étant les amateurs faisant un déplacement aussi lointain juste pour la beauté des paysages.
Nous avons aussi choisi cette course avec coach Anto pour son absence de décalage horaire avec la France et son parcours adapté à mon gabarit avec un dénivelé raisonnable sur le vélo et des chances d’une mer houleuse et d’un vélo venteux…
L’objectif Dimanche est d’intégrer le top 10 des vétérans plus tous jeunes mais pas encore trop vieux (45-49) en visant la fourchette 9h30-9h45….
Si tout va bien, la natation devrait avoisiner l’heure surtout avec la nouvelle Huub Aerious II 3.5, le velo tangenter les 5h sur mon fier tornado Canyon Speedmax CF, sauf défaillance ou pépin mécanique (vade retro satanas crevaisons !!!!!, merci les Corsicaspeed carbon) et le juge de paix deviendra alors le marathon qu’il faudra assurer en moins de 3h45 en Nike Vaporly et Kiwami Spider LD Aero aux couleurs du TTM pour avoir une chance de faire chauffer l’Amex lundi matin 10h a l’heure de la communion… pour ceux qui ne le saurait point, le slot ressemble à une ostie pour Terminator…
Désolé pour les placements produits mais ça fait pro et puis on se sait jamais si une des marques citées voulait avoir droit de citer sur ma trifonction je dirai oui sans me précipiter mais sans ciller non plus.
La marche est haute mais ne semble pas inaccessible sur la base des perfs natation et vélo de l’Ironman de Barcelone (ou l’introduction d’une note artistique sur chute consécutive à éclatement du boyau avant m’aurait propulsé tout en haut des classements…), des perfs dans les trois disciplines au 70.3 de Bahreïn et des repères pris et des progrès constatés lors des entraînements 2018.
Alea non jacta est mais le boulot a été fait, et si le mental et la mécanique suivent dimanche nous ne sommes pas à l’abri d’une belle surprise.
Quoi qu’il en soit, si le sage dit vrai et que ce n’est pas la destination qui compte mais le chemin qui y mène, je ne suis pas loin du nirvâna tri-athlétique et il est déjà l’heure des remerciements car pour reprendre fort à propos un propos de Nelson Mandela :
« Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès »
Merci tout d’abord à mon coach de vie, Lotte, pour la patience et la bienveillance affichée tout au long de ce long parcours initié le 1er mai 2010 sur le 10km de Balma sur un coup de tête pour préparer le marathon de NY et qui s’ »achèvera » je l’espère sur un coup de canon, à défaut de temps canon, à Kona. Merci pour ton soutien sans faille, la logistique permanente mais aussi les mises en gardes plus ou moins amicales quand la passion l’emporte sur la raison (même si c’est sans doute l’essence même de la passion que d’ignorer la raison, non ?).
Nous le savons tous, compagne ou compagnon de triathlète, ce n’est pas une sinécure surtout quand il faut concilier vie de famille, vie professionnelle et objectifs sportifs.
Entre deux triathlons burn-outs, Lotte est toujours là pour me soutenir et m’accompagner et supporter les contraintes sur la vie de famille (y.c. la nutrition) d’une quête de triathlète.
A la différence de nombreux compagnons de sportifs, elle n’avait de plus pas signé pour cela il y a 20 ans… Je ne désespère d’ailleurs pas qu’elle finisse par préférer la morphologie du triathlète sous-alimenté à celle du bûcheron rugbyman qu’elle a rencontré à l’époque…
Merci à mes enfants Lila, Sasha, Emma et Luka pour leur patience. Vous m’en avez souvent voulu et vous m’en voudrez certainement encore de parfois privilégier (et non préférer) un entraînement à un moment de communion familiale.
C’est pourtant aussi pour vous que je courre, convaincu que l’exemplarité est là meilleure des éducations. C’est aussi, je dois bien l’admettre par ce que mon ego se nourrit de la fierté que je devine parfois d’avoir un père certes ringard mais pas encore au placard !
Un grand merci également à Antony Costes, le Tigre, qui m’accompagne avec Mathilde depuis septembre 2016 et qui m’a qualifié l’an passé au World Championship 70.3 Half Ironman de Chattanooga et m’a fait gagner à Barhein en décembre dernier me permettant ainsi de me qualifier de nouveau pour les championnats du monde 70.3 à Port Elizabeth en septembre prochain. Il m’a préparé m’a préparé au top pour cet Ironman South Africa en tenant compte de toutes mes limites et contraintes. Rien n’est laissé au hasard et je ne suis pas sûr qu’Antony mesure à quelle point il est clef pour moi d’avoir des plannings d’entraînement aussi précis et détaillés.
C’est à la fois un luxe inouïe que de se laisser coacher comme un sportif de haut niveau, une grande fierté d’être accompagné par lui et une source de motivation incroyable.
Ce n’est pas un secret, la constance mais aussi le volume d’entrainement sont des éléments incontournables du longue distance et lorsque je vois le temps pris à décortiquer les séances et à planifier/adapter les suivantes, difficile de s’échapper.
Merci à mes compagnons d’entraînement, Jérôme Bernou, précurseur avec Anto du long au TTM, à Sly, Esteban, Fred, Didier, et tous les membres du TTM long, notamment Alix et Thomas qui s’efforcent d’animer le groupe avec les moyens du bord.
Merci au TTM tout court (après le long, humour) qui m’a fait découvrir ce sport il y a 4 ou 5 ans et qui m’a donné l’opportunité  lors du stage de Cambrils il y a trois ans sous la houlette d’Anto déjà de découvrir que je pouvais encaisser les volumes d’entraînement nécessaires pour être un amateur compétitif dans ces disciplines.

Epilogue

Pour faire court…ce fut long… mais ce fut bon.
A froid, ce fut chaud…
Rétrospectivement…ce fut dément.
L’habituel lever à 3h30 du matin où l’on s’interroge tout de même sur les raisons qui nous poussent à nous auto-infliger un tel traitement conduit 3 heures plus tard à un départ natation en mode panique après 25 minutes de queue devant les 12 toilettes mises à disposition des 2 000 athlètes.
Un parcours houleux mais sérieux et en grande partie au chaud (dans de l’eau à 16 degrés) dans les pieds des nombreuses torpilles sud-africaines à l’évidence habituées à la natation en eaux troubles et je sors de l’eau en 1h01.
Un peu déçu car je visais de passer sous l’heure comme à l’IM Barcelona mais frais.
Rétrospectivement, l’entrée dans l’eau était assez longue et la sortie aussi car la plage était belle donc pas de regrets, j’ai sans doute nagé aussi vite qu’à Callela (Barcelone) mais dans une mer plus hachée sans être mâchée, je n’en suis pas fâché.
Une transition sérieuse et hop nous voilà partis pour deux boucles de 90 km dans un magnifique décor de bord de mer dont l’Afrique du Sud a le secret.
39_m-100812036-DIGITAL_HIGHRES-2112_050391-15710517
Si le décor est magnifique les routes sont des laiderons et la DDE locale est soit en sous-effectifs, soit en sous-budget, soit en grève car tout heureux détenteur d’un vélo carbone a vécu une séance de power-plate sur une bonne partie du parcours… Entre revêtement peu roulant, routes pas plates et ralentisseurs de nature à briser nos dos d’ânes du triple efforts, nous avons concurrencé 5 heures durant l’agitation frénétique de boules de flipper coincées entre les bumpers en mode multi-ball (et oui j’avais prévenu un peu ringard le vieux…)…
A la fin des 180 km, les babouins étaient plus nombreux sur les vélos que ceux au bord de la route pour les regarder passer..les vélos.
Mais bon, la reconnaissance minutieuse du parcours m’avait préparé et comme un homme prévenu en vaut deux comme disait Coluche (eh oui pas en catégorie 45-49 pour rien..) je ne joue pas les doublures mais je me mets à doubler avec application les impudents concurrents qui avaient eu l’imprudence de sortir de l’eau devant. Le couteau un peu trop entre les dents et la tête bien dans le guidon et les jambes à mon cou, je mets avec application en application les nombreuses séances de home-trainer de l’hiver pour maintenir une puissance la plus constante possible malgré un parcours plus que vallonné.
Comme à Bahreïn, quel sentiment grisant de doubler un à un des concurrents…Un rapide coup d’œil au demi-tour me permet de constater que je suis à peu près dans le top 50 des amateurs ce qui me rassure sur mon ambition du jour, poser le vélo dans le top 10 de mon GA pour garder une chance de qualif.
Je me calme ensuite pour respecter les consignes strictes du coach et tenter de garder du jus pour la CAP.d
L’habituel souci mécanique du Pierre Richard de l’Ironman surviendra au 110ème kilomètre avec la perte ou le bris nom pas de Nice mais de vis de mes plateaux (oui j’en ai deux, je ne suis pas encore passé en platal unique). Enfin de vis au pluriel car de 5 je passe à 3 (vis et non plateaux) et chaque tentative de passer sur le petit (plateau évidement, il n’y a pas de petit vice) se solde par un déraillement fort mal venu en ces périodes de grèves SNCF.
Me voilà donc sur la grève (je signale le jeu de mot pour ceux qui ne suivraient pas), naufragé du bord de route, les mains maculées de cambouis à enchaîné les sauts de chaînes avant de me rendre compte que le petit plateau n’est pas vicieux mais néanmoins tordu et qu’il va falloir passer non pas les plats mais les bosses sur grand plateau, à la Anto de Nice quoi. La plaisanterie me fait perdre un peu plus de 2 minutes mais instille surtout dans mon esprit une sournoise inquiétude, en un mot comme en cent mais surtout en deux, le doute m’habite…
Le reste du parcours vélo je n’ose plus mettre de mines tant la crainte d’un nouveau bris me mine. Le plateau ne tient plus qu’à un fil ou plutôt à trois vis et je m’applique à pédaler le plus rond possible et sans à-coups pour terminer le parcours sans que cet ignominieuse vibration métallique qui ne quitte plus ma fière machine ne se traduise en orage mécanique (en plus de la référence à Kubric vous noterez que ça rime…).
Les derniers 20 kilomètres sont difficiles, le vent s’étant comme prévu levé pour tempérer nos ardeurs sans soulager pour autant la chaleur qui commence à gagner nos casques aéro. La position devient elle de moins en moins aéro mais la libération approche et je pose en 6ème position de mon Groupe d’âge le vélo, un peu déçu malgré tout car j’espérais mieux pour augmenter mes chances de résister sur le marathon au retour des gazelles présentes en nombre comme chacun sait en Afrique du Sud.
Une transition en mode énervé (lunette de soleil cassée dans le sac de bénévoles adorables mais qui remballent trois fois le sachet de gel que je compte pourtant bien emporter et veulent absolument m’aider à enfiler mes chaussettes à l’envers) et paniqué par l’absence totale d’indications et de bénévoles pour nous guider dans le dédale que constitue la sortie du parc.
Mais bon il serait dommage de perdre les pédales après avoir posé le vélo sans perdre les plateaux et je me raisonne, le mantra « je vais bien tout va bien lui résonne dans ma tête » et j’attaque du talon plus que de la pointe le marathon.
Et là c’est le drame…la cadence est soutenue, la foulée se veut légère mais les sensations sont pourries. Il est 13h et la chaleur africaine s’abat sur le parcours telle une chape de plomb nord-coréenne d’avant le réchauffement atomique. Il fait 27 degrés à l’ombre et la bise marine qui nous usait sur le vélo semble avoir disparu. Ce n’est pas « la tête et les jambes » mais « la tête sans les jambes » ou pour singer Grand Corps Malade,  « ma tête, mon cœur et mes jambes ».
Le corps humain est un royaume ou chaque organe veut être le roi,
Il y a chez le triathlète trois leaders qui essaient d’imposer leur loi,
Cette lutte interne permanente est la plus grosse source d’embrouille,
Elle oppose depuis toujours, la tête le cœur et les … jambes,
C’est à cause de ce combat qui s’agite dans notre corps,
La tête, le cœur les jambes discutent,
Mais ils ne sont jamais d’accords,
Mon cœur est une vraie éponge toujours prêt à s’ouvrir,
Mais ma tête est un soldat qui se laisse rarement attendrir,
Mes jambes sont motivées elles aimeraient bien forcer l’allure,
Mais il y en a une qui ne veut pas, putain ma tête me casse les burnes,
Ma tête a dit à mon cœur qu’elle s’en battait les c….
Si mes jambes avaient mal au cœur et que cela créait des embrouilles,
Mais mes jambes ont entendu et ont dit à ma tête qu’elle n’avait pas de cœur,
Et comme mon cœur n’a pas de c…ma tête n’est pas prête d’avoir peur,
Moi mes jambes sont tête en l’air et ont un cœur d’artichaut,
Et quand mon cœur perd la tête mes jambes prennent un coup de chaud,
Et si mes jambes partent en c… alors pour mon cœur c’est la défaite,
Je connais cette histoire par cœur,
Elle n’a ni queue ni tête,
Moi les courses je les crains autant que je suis fou d’elles,
Vous comprenez maintenant pourquoi à cet instant chez moi c’est un sacré bordel,
Sur le marathon je n’ai pas encore trouvé la solution, cela fait un moment que je fouille,
Mais je reste sous le contrôle de ma tête de mon cœur de mes jambes et de mes c…
A défaut de jambes, je ne me prends pas la tête car l’allure est elle au rendez-vous et il me tient à cœur de résister. Comme souvent sur le long, la patience paye et les sensations reviennent. Mon cœur est au bord non pas des lèvres mais du parcours et au premier passage devant, l’arrivée, le couperet tombe, j’ai déjà rétrogradé de deux places et je suis passé 8ème. Là on a beau avoir du cœur, il est difficile de ne pas se prendre la tête et même si le cœur y est cette annonce me casse un peu les pattes. On aimerait dans ces moments là pouvoir débrancher le cerveau car il peut devenir le pire des ennemis. Mon esprit cartésien me dit ne lâche rien mais comme je ne suis pas bien, le malin me dit que tout cela ne sert à rien. Pour autant, l’allure tient et je me surprends à passer le semi-marathon avec seulement 2 min de retard sur l’allure objectif de 3h30.  Les nombreuses heures passées à étudier les performances des concurrents du jour ou les perfs des éditions précédentes me sont alors d’un grand secours. Je sais que si j’approche les 3h30 ce ne peut être qu’un grand jour.
Et puis au bord du parcours constitué de 4 boucles, j’aperçois à chacune d’entre elles derrières les drapeaux français et finlandais qui s’agitent, les boucles blondes de mes benjamins qui me hurlent « ne lâche rien » !!! …Jusqu’au bout papa !!! crient Luka et Emma…
Le deuxième semi sera une lutte contre moi-même, le classement évoluant peu, tantôt 7ème, une fois 6ème mais la plupart du temps 8ème, les choses semblent se stabiliser, ma vitesse aussi et l’espoir renaît, cela peut le faire. Un dernier coup de stress à deux kilomètres de l’arrivée où mon cœur m’annonce que je suis passé 9ème et que le 8ème n’a que 30 secondes d’avance. Je perds alors la tête, je prends mes jambes à mon cou et impose à mon cœur une accélération finale dont il se croyait incapable.
Je franchis la ligne d’arrivée en apnée, 9h54 et surtout 3h40 au marathon les efforts des derniers mois ont payé. Il ne me reste plus qu’à tituber tel un pantin désarticulé jusqu’à la tente médicale ou je n’ai confirmation que 45 minutes plus tard que je finis bien 8ème de mon Groupe d’Âge.
Je suis vidé mais content, surpris de ne pas être plus euphorique alors que se précise la probabilité d’une qualification.
Félicitations à Peter Weiss qui gagne dans mon groupe d’âge en 9h25 et à tous les amateurs qui ont fini cette magnifique course.
La confirmation viendra le lendemain à 10 heures,
Au milieu des rires et des pleurs,
Lorsque ce confirme que 10 slots sont attribués à mon GA,
Que j’ai bien gagné le droit, de me rendre là-bas,
Je reviendrais en septembre avec Sly, Jérôme et j’espère Anto,
pour les championnats du monde 70.3 dans ce pays si beau,
Et il me tarde de démarrer de ce pas,
La préparation pour Kona.
38_m-100812036-DIGITAL_HIGHRES-2112_048151-15710516

Laisser un commentaire